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Jean-Pierre Gauthier et les oiseaux (thème 15)

Thème du mois : DIY / Fait main


Do it yourself, fais-le toi-même : l’expression suggère l’invention de machines grâce à des matériaux usuels ou la réparation d’objets du quotidien. Faire soi-même, c’est aussi (re)créer quelque chose qui existe déjà, mais autrement, avec des moyens détournés. Pensez à un bruiteur au cinéma dans un studio de doublage. Le bruit de la manipulation de la viande crue est reproduit avec de la pâte à modeler, les dés à jouer imitent les glaçons dans un verre de scotch, on casse du céleri pour suggérer des os qui craquent sous les coups.

Considérons certains éléments de la pratique artistique de Jean-Pierre Gauthier sous cet angle. L’artiste récupère, trafique et mécanise des objets du quotidien afin d’exploiter leur potentiel sonore dans des installations souvent poétiques et ludiques. Il conçoit des œuvres-machines qui s’apparentent au vivant grâce à l’articulation de systèmes mécaniques, électroniques et informatiques. À l’été 2018, le Musée d’art de Joliette présentait une exposition de son travail intitulée Les générateurs stochastiques, dont j’ai assuré le commissariat.

En 2002, Gauthier réalise chez AXENÉO7 un projet intitulé Le devenir oiseau.

Une immense cabane à oiseaux à échelle humaine était coiffée de diverses girouettes reliées à des moteurs piezoélectriques et qui, activées par le vent, produisaient au gré de la météo un chœur de chants d’oiseaux. De là prend racine une recherche sur les relations entre le système et le hasard, l’organique et l’inorganique. Plus tard, l’artiste greffera un mécanisme similaire à des objets amplifiants pour créer quelque chose comme des appeaux pour oiseaux rares. Les visiteurs sont invités à tourner une manivelle qui active l’instrument hybride et déclenche un chant inouï.


© Jean-Pierre Gauthier, Clarinette, deuxième partie, 2017. Photo : Paul Litherland

Gauthier tente de reproduire une sonorité vivante en injectant une dose de chaos dans un système mécanique. Est-ce possible de générer le hasard? D’arranger les aléas? De composer l’imprévisible? Bien qu’un coup de dés, comme l’écrit Mallarmé, jamais n’abolira le hasard, l’artiste propose d’y arriver par le jeu. Ses récentes œuvres sont le plus souvent activées par la présence du public, qu’il soit passant ou agissant : le principe premier de l’interactivité. Voilà une couche additionnelle de DIY dans la pratique de Gauthier : invités à interagir avec l’œuvre, les visiteurs « font » l’œuvre eux-mêmes, du moins en partie.


© Jean-Pierre Gauthier, Générateur stochastique, 2018. Photo : Ysabelle Forest

L’installation Générateur stochastique (2018) invite au jeu. En mathématique comme en musique, un processus stochastique en est un qui relève d’au moins une variable aléatoire. Dans cette boîte à musique qui se présente en console de jeu de hasard interactif, l’aléatoire tient entre autres à ce que la composition est laissée partiellement aux mains du public. Les sons analogues créés par la rotation des poignées sont transmis puis modulés par une programmation audionumérique héritière de la musique générative. Trois pistes distinctes s’entrelacent dans un acousmonium de tuyaux ABS. Le public, au gré de l’activation des manettes, des capteurs cinétiques et des boutons colorés, devient ainsi interprète.

Le Générateur stochastique devait être présenté lors d’une exposition solo de Jean-Pierre Gauthier au centre OBORO en avril 2020. La pandémie a évidemment obligé le report de l’événement… Elle a également forcé l’artiste à repenser le système d’interactivité de l’œuvre, qui se faisait par la manipulation de poignées et d’une manette. La version 2.0 de l’installation comprend trois pédales et des capteurs lasers disposés pour éviter le contact des mains. C’est là une autre qualité du DIY : une capacité d’adaptation accrue et des possibilités autrement insoupçonnées. L’exposition, maintenant présentée en collaboration avec la galerie ELLEPHANT, est prévue pour l’automne 2020. Restez à l’affût pour ne pas la manquer!


© Jean-Pierre Gauthier, Les oiseaux, 2011. Photo : Paul Litherland


Cet article a été écrit par Charlotte Lalou Rousseau, adjointe à la conservation du Musée d'art de Joliette.

POUR PARTICIPER À MUSÉE EN QUARANTAINE

Vous avez jusqu'au lundi 31 août 2020 à midi pour nous envoyer vos créations artistiques inspirées du thème du mois : DIY / Fait main.

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