• L'équipe du MAJ

La conservation-restauration : une bouée de sauvetage

Dernière mise à jour : 26 janv.

Thème 32 : Maquillé.e


Dans mon précédent article, je vous ai parlé brièvement du rôle de la conservation préventive dans les musées.


La conservation préventive englobe l’ensemble des mesures permettant de prévenir et d’atténuer la détérioration et les dommages pouvant survenir à un bien culturel ou à une œuvre d’art.


Mais qu’arrive-t-il lorsque ceux-ci sont trop abîmés pour être présentés au public ? Les musées font alors appel aux services des professionnels de la conservation-restauration d’œuvres d’art. Véritables artistes, mais aussi chimistes et véritables enquêteurs, ces professionnels redonnent vie et éclat aux œuvres d’art qui ont subi les dégâts du temps, ou encore qui ont fait l’objet d’une initiative malheureuse d’un précédent propriétaire ou même de censure.


Alors que la conservation préventive s’efforce de prévenir des dommages possibles, la restauration, ou conservation-restauration, tente de prolonger la durée de vie d’un bien culturel en prenant des mesures qui en modifient la structure et les matériaux constitutifs afin de retrouver son état originel, ou un état antérieur connu, et de le stabiliser.


N’ayant pas la chance de pouvoir employer un professionnel de la restauration à temps plein au sein de son équipe, le Musée d’art de Joliette (MAJ) fait appel au Centre de conservation du Québec (CCQ), à l'Institut canadien de conservation (ICC) ou encore à des restaurateurs.trices privé.e.s lorsqu’il dispose des ressources financières pour restaurer les œuvres de sa collection qui en ont besoin.


À titre d'exemples, j’aimerais partager avec vous l’histoire de quatre œuvres de la collection du MAJ qui ont été littéralement sauvées par des professionnels de la restauration.



Le Bon Pasteur : un retour tant attendu

En septembre 2020, après une attente de six ans, nous avons eu la joie de célébrer le retour au Musée de l’œuvre Le Bon Pasteur (1723), fraîchement restaurée par le CCQ. Nous n’avons pu nous empêcher de la mettre aussitôt à l'honneur en l’accrochant à une cimaise de notre salle d’exposition permanente, au troisième étage.


Au départ, cette œuvre du peintre mexicain Antonio de Torres était très abîmée. En effet, la surface de la toile était couverte de craquelures et de poussière. On pouvait également observer des fissures dans le châssis, des renfoncements et de nombreuses lacunes dans la couche pigmentaire. La toile montrait en plus des déchirures majeures, dont la principale avait été rapiécée à l’aide d’un papier japonais, afin d’empêcher celle-ci de s’agrandir davantage. On remarquait même des traces de restaurations antérieures.


Avant restauration : Antonio de Torres, Le Bon Pasteur, 1723, Huile sur toile, 167,7 x 109 cm, Collection Wilfrid Tisdell. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada, 2012.082, photo: Musée d'art de Joliette.


Au cours du processus de restauration, l’une des étapes consiste à faire un examen au rayon infrarouge. C’est à ce moment que peuvent apparaître des surprises, des bonnes ou des moins bonnes. Dans le cas du Bon Pasteur, la photographie infrarouge a notamment dévoilé la présence d’un important surpeint qui recouvrait un agneau porté sur les épaules du pasteur. On comprend qu’à un moment donné, dans la vie de cette œuvre, une personne a décidé de masquer cet agneau. La raison de ce changement iconographique nous est toutefois inconnue. Le retrait des surpeints a permis la révélation d’un agneau en très bon état.


Grâce au remarquable travail de l’équipe du CCQ, Le Bon Pasteur a pu être sauvé, ce qui a contribué à assurer la survie de notre patrimoine collectif. Je vous invite à venir admirer cette œuvre unique de la collection du MAJ afin de voir de vos propres yeux ce changement époustouflant !


Après la restauration : Antonio de Torres, Le Bon Pasteur, 1723, Huile sur toile, 167,7 x 109 cm

Collection Wilfrid Tisdell. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada, Restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec, 2012.082, photo: Jacques Beardsell



Sauvetage de deux Marie-Madeleine

Parmi les autres histoires de restauration, il y a celles des Marie-Madeleine, deux œuvres majeures, dont l’une est attribuée à Andrea Vaccaro (1604-1670) et l’autre, réalisée d’après Le Corrège (1489-1524), à un peintre inconnu. La toile attribuée à Vaccaro était si desséchée que, lors d’un décrochage, un pan de celle-ci s’est littéralement détaché de l’œuvre. La restauration de la toile a permis de remettre l’œuvre en bon état. Les déchirures et la pièce détachée ont été enlignées, puis réparées. Une vieille doublure a aussi été enlevée. Une couche de vernis isolant a été appliquée. Les déchirures et les pertes de peinture ont été mastiquées. Finalement, un panneau protecteur de type « Coroplast » a été installé au dos du châssis afin d’assurer une plus grande sécurité à l’œuvre.

















Avant restauration : Attribué à Andrea Vaccaro, Sainte Marie-Madeleine, vers 1640-1650, Huile sur toile, Collection Wilfrid Tisdell. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada, 72 x 59,7 cm, 2012.066, photo: Musée d'art de Joliette.



Après restauration : Attribué à Andrea Vaccaro, Sainte Marie-Madeleine, vers 1640-1650, Huile sur toile, Collection Wilfrid Tisdell. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada, 72 x 59,7 cm, 2012.066, photo: Richard-Max Tremblay


La seconde Marie-Madeleine se trouvait en tout aussi mauvais état de conservation avant sa restauration. La surface de sa toile était couverte de larges réseaux de craquelures qui ont été consolidées grâce aux bons soins de la restauratrice qui avait la charge de l’œuvre. À l’instar du Bon Pasteur, cette Marie-Madeleine était couverte d’une grande quantité de surpeints qui ont aussi été retirés. C’est à ce moment que la restauratrice a pu se rendre compte que la croix tenue entre les mains de la sainte n’était pas d’origine. La texture des couches pigmentaires, de même que la technique de leur application et leur solubilité situaient cette croix à une époque plus récente. Il a donc été décidé de procéder à son enlèvement afin de redonner à l’œuvre son aspect originel. Cette fois aussi, la raison justifiant l’ajout de cette croix nous est inconnue.


Avant restauration : Inconnu, Sainte Marie-Madeleine au tombeau, d'après le Corrège, début du 17e siècle, Huile sur toile, 85,5 x 78 cm, Collection Wilfrid Corbeil. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada, 2012.123, photo: Musée d'art de Joliette.


Après restauration : Inconnu, Sainte Marie-Madeleine au tombeau, d'après le Corrège, début du 17e siècle, Huile sur toile, 85,5 x 78 cm, Collection Wilfrid Corbeil. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada, 2012.123, photo: Richard-Max Tremblay


Un grand nettoyage

Mes anciennes collègues m’ont raconté l’histoire de la restauration d’une sculpture du 15e siècle. Lors d’une visite dans les réserves du MAJ, une restauratrice du CCQ avait repéré une Vierge à l’enfant en pierre qui a suscité son intérêt. Ses connaissances de la pierre et son œil averti lui ont donné des arguments pour convaincre le MAJ de soumettre au CCQ une demande de restauration pour cette œuvre.


À l'exception de quelques pertes mineures dans la pierre, la structure de l'œuvre était en bon état de conservation. Toutefois, ce n’était pas le cas pour son apparence. En effet, la surface de la sculpture était alors recouverte d'une importante couche de saleté qui masquait des informations intrinsèques à cette œuvre, rendant ainsi difficile la recherche historique, esthétique et iconographique. De plus, l’exposer dans cet état n’aurait pas permis au public de l'apprécier à sa juste valeur.


Après un important travail de nettoyage, lapolychromie d’origine, ainsi que des détails iconographiques ont été mis au jour. En effet le nettoyage a notamment permis de confirmer que l’Enfant Jésus tenait dans ses mains un orbe, symbole de son autorité sur l’Univers, et non une pomme, symbole de la faute originelle qu’il est venu racheter par sa mort. Il est possible de l’admirer dans notre salle d'exposition permanente, au troisième étage, non loin du Bon Pasteur.



Avant restauration : Inconnu, Vierge à l'Enfant, entre 1400-1450, Pierre calcaire polychrome

97 x 49 x 36,5 cm, Collection Wilfrid Tisdell. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada, 2012.070, photo: Musée d'art de Joliette


Après restauration : Inconnu, Vierge à l'Enfant, entre 1400-1450, Pierre calcaire polychrome

97 x 49 x 36,5 cm, Collection Wilfrid Tisdell. Don des Clercs de Saint-Viateur du Canada, Restauration effectuée par le Centre de conservation du Québec, 2012.070, photo: François Bastien.


L’univers de la conservation-restauration est riche en découvertes et le travail de ces professionnels contribue de manière significative à une meilleure connaissance des œuvres et de leur matérialité intrinsèque, mais aussi des techniques utilisées par les artistes. J’aimerais conclure en rendant hommage au travail exceptionnel des restaurateurs et des restauratrices d’œuvres d’art. Sans eux, bon nombre d’œuvres seraient perdues aujourd’hui. Grâce à leur travail, nous pouvons tous profiter un peu plus longtemps de notre patrimoine collectif. Merci !


Cet article a été écrit par Nathalie Galego, conservatrice adjointe aux collections du Musée d'art de Joliette.


Pour en apprendre davantage

  • Sur le métier de conservateur-restaurateur :

➔Restauration et conservation au Musée des beaux-arts du Canada : https://www.beaux-arts.ca/collection/restauration-et-conservation

➔Service de la restauration du Musée des beaux-arts de Montréal : https://www.mbam.qc.ca/fr/decouvrir-le-musee/service-de-la-restauration/

➔Le métier de restaurateur/restauratrice d’oeuvre d’art : https://www.carrieres.gouv.qc.ca/choisir-la-fonction-publique/domaines-demplois/extension-details-emplois/detail/restauratrice-ou-restaurateur-doeuvres-dart-et-dobjets-a-valeur-patrimoniale/?no_cache=1&cHash=e5e4ca125cbe06bd9b42673307dfdbf0

➔Derrière les portes closes des restaurateurs d’oeuvres d’art | ICI Radio-Canada.ca : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1050061/derriere-les-portes-closes-des-restaurateurs-doeuvres-dart


  • Sur Le Bon Pasteur :

➔Écouter ou réécouter la publication LE BON PASTEUR» EST DE RETOUR ! sur la page Facebook du MAJ :

https://www.facebook.com/page/197137426980404/search/?q=bon%20pasteur


  • Sur nos deux Marie Madeleine :

➔ Consulter l’ouvrage Musée d’art de Joliette. Le catalogue des collections produit et publié par le Musée d’art de Joliette en 2012. Consulter les pages 88-89 et 114-115. De nombreuses copies sont disponibles à nos boutiques du MAJ accessibles sur place et en ligne : https://www.museejoliette.org/fr/publications/catalogue_des_collections/

 

POUR PARTICIPER À MUSÉE EN QUARANTAINE Vous avez jusqu'au lundi 31 janvier pour nous envoyer vos créations artistiques inspirées du thème du mois. L’exposition sera en ligne le jeudi 3 février 2022.

Cliquez ici pour savoir comment participer.

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