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La mémoire: un environnement de moments consumés

Thème 25 : La mémoire


Le Centre PHI et le Musée d'art de Joliette souhaitaient collaborer sur un projet depuis longtemps. PHI a donc lancé le mois dernier un appel à la participation du public pour demander à un.e auteur.trice de sa communauté de rédiger un texte sur le thème de la mémoire afin qu'il soit diffusé sur notre blogue. Pour proposer un texte, il fallait avoir visité l’expo Lee Bae à la Fondation PHI ou Lignes parallèles au Centre PHI. Voici le résultat de cet appel à texte :


La mémoire: un environnement de moments consumés

Par Vania Djelani


UNION, de Lee Bae, explore l'ordre naturel des cycles de vie en faisant appel au concept de la phénoménologie. S’appuyant sur l’idée que la conscience peut exister au-delà du corps humain, agissant sur l'expérience directe d'un objet, UNION intègre la relation entre toutes choses – vivantes ou non, artificielles ou conceptuelles. Dans le contexte de la mémoire, on peut voir dans cette exposition une volonté de préserver et de répertorier les marques de cette existence matérielle.


Vue d’exposition, Lee Bae: UNION, 2021, Fondation PHI. Lee Bae, série Sans titre, 2019; série Issu du feu, 2018. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay.


Au fil de son installation, Lee Bae se penche sur sa propre réalité en relation avec le domaine matériel, ainsi que sur les traces d'existence dans le monde naturel. En retraçant à la fois les empreintes physiques et les représentations mentales que laissent un geste, une circonstance ou une expérience donnée, UNION peut être considérée comme un paysage imaginaire de mémoires. Avec sa série Issu du feu (2018), des troncs de taille humaine sont placés sporadiquement dans l'exposition, plongeant les visiteurs dans un environnement unique. À travers ces objets, conçus dans des conditions particulières, depuis leur sélection minutieuse jusqu'à leur placement dans un four sur mesure pour une combustion contrôlée, Lee Bae accélère la vie des arbres afin de répéter, reproduire et révéler leurs cycles. Cela simule le phénomène collectif d'un lieu donné, et évoque ce qui pourrait être légué au monde matériel lorsqu'une vie n'est plus présente pour mettre en scène son récit.


Vue d’exposition, Lee Bae: UNION, 2021, Fondation PHI. Lee Bae, série Brushstroke, 2020. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay.


Le souhait de résister à la progression naturelle du temps est manifeste dans sa série Brushstroke (2020). Alors que Lee Bae utilise des mouvements contrôlés et répétitifs pour activer la mémoire musculaire nécessaire à la réalisation de ses marques, les œuvres servent de documentation d'une expérience vécue précise. C'est une expérience que l'artiste peut recréer à tout moment, et qui provient d'une compréhension de la façon dont son corps réagit aux forces extérieures. Cette œuvre traite du pouvoir de transformation d'un mouvement en déclenchant intentionnellement une expérience sensorielle. Dans son ensemble, UNION évoque la lourde emprise du temps sur la vie, en mettant l'accent sur l'endurance, qui joue un rôle clé dans les étapes de l'être et du devenir. L'exposition ne se contente pas de situer les œuvres en fonction de l'intention de l'artiste ou en tant qu'objets qui investissent nos espaces et modifient notre vécu. Au contraire, nous devenons les intrus dans l'espace momentanément habité par les œuvres de Lee Bae.


L'exposition itinérante, tout comme les objets qui la composent, se nourrit de la notion de déplacement. Les deux dépendent d'une absence reconnaissable. À l'instar des mémoires, ils sont liés par des traces matérielles et sensorielles, par opposition à la trajectoire chronologique du temps. La simplicité esthétique d'UNION de Lee Bae ne confère aucun sentiment d'appartenance temporelle, permettant aux visiteurs de se déplacer librement dans l'exposition – déambulant en avant, en arrière, ou restant immobiles. Les objets animent le lieu spatio-temporel, développant ainsi leur propre récit, indépendamment de l'artiste ou des visiteurs. UNION attend que nous soyons aspirés dans sa présence persistante, de même qu'un souvenir attendant d'être redécouvert.



Vue d’exposition, Lee Bae: UNION, 2021, Fondation PHI. Lee Bae, Issu du feu, 2018; Issu du feu, 2002. Avec l’aimable permission de l’artiste et Perrotin © Fondation PHI pour l’art contemporain, photo: Richard-Max Tremblay.


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Un article écrit par Vania Djelani, dans le cadre d'une collaboration avec PHI.


Vania Djelani a complété son BFA en histoire de l'art et arts plastiques à l'Université Concordia. En tant qu'artiste et écrivaine, elle s'intéresse à la façon dont la matérialité peut être manipulée pour construire un sentiment d'identité – en explorant des sujets tels que la race, la classe et le genre. S'inspirant des études sur la culture matérielle, elle examine comment les objets peuvent jouer un rôle central dans la compréhension de la culture et des relations sociales.


 

Pour en savoir plus :

➔ Consultez la page web de PHI qui englobe Centre PHI, Fondation PHI, Studio PHI et Antenne-PHI.

➔ Pour en savoir plus sur l'exposition UNION, de Lee Bae


Cet article est né d'une collaboration entre le blogue Antenne PHI et Musée en quarantaine. C'est en mai que PHI lance un appel aux d’auteur.ice.s pour écrire un texte sur l'exposition Lee Bae: UNION à la Fondation PHI.

POUR PARTICIPER À MUSÉE EN QUARANTAINE Vous avez jusqu'au mercredi 30 juin à midi pour nous envoyer vos créations artistiques inspirées du thème du mois la mémoire,. L’exposition sera en ligne le jeudi 8 juillet 2021. Cliquez ici pour savoir comment participer.

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