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Mouler l’idée d’une œuvre (thème 26)

Thème 26 : Moulage


Chloé Desjardins, Vase (1977.017), (détail), 2020. Photo : Paul Litherland



Chloé Desjardins dans la salle de son exposition Rencontres, Musée d’art de Joliette, 2021. Photo : Romain Guilbault


Chloé Desjardins détient un baccalauréat de l’Université Concordia dans le programme Studio Arts et une Maîtrise en création de l’École des arts visuels et médiatiques de l’Université du Québec à Montréal. Durant cette dernière formation, elle s’est intéressée de près aux techniques du moulage dont elle a approfondi l’apprentissage. La sculpture détient maintenant une place prédominante dans sa pratique.

Du 19 juin au 6 septembre 2021, son exposition Rencontres, commissariée par Anne-Marie St-Jean Aubre, est à visiter au Musée d’art de Joliette


Le point de départ de l’exposition Rencontres, de Chloé Desjardins

Les contraintes agissent souvent comme des moteurs à la démarche créatrice de l’artiste. Invitée à se pencher sur la collection du Musée d’art de Joliette, Chloé Desjardins a fait de la curiosité exprimée par des membres de l’équipe l’impulsion de sa réflexion artistique, déléguant en quelque sorte à d’autres la responsabilité du geste initial fondant son nouveau corpus d’œuvres.


Conservatrices, registraire, responsable du service aux visiteurs, adjoint administratif, technicienne et responsable des communications ont ainsi sélectionné, puis décrit, un objet de la collection auquel l’artiste a répondu en réalisant douze créations envisagées comme des dialogues. Ce faisant, l’artiste insiste pour faire de la collaboration un élément central de sa démarche créatrice.


Ces nouvelles œuvres sont le fruit d’un exercice de transposition et de traduction ludique qui découle de son interprétation des descriptions, de son exploration de la matérialité et des formes des objets sélectionnés ainsi que de ses recherches sur les artistes qui en sont à l’origine. Plus encore, c’est son désir de rendre visible l’envers de la collection, en particulier le contexte d’entreposage des œuvres en réserve, qui témoigne du soin constant dont elles sont l’objet, qui a informé le projet. Ce qui explique, par exemple, son utilisation de matières tel le non-tissé de polyéthylène (Tyvek), qui sert en conservation préventive, ou de formes rappelant les caisses de transport et les supports en creux appelés aussi incrustations.


Sélection d’une œuvre par l’ex-employé Gérard Brisson

Le 3 septembre 2020, à 7 h 29, Gérard Brisson, alors agent administratif, a envoyé à Chloé Desjardins une description de l’objet 1975.350.

L’objet que j’ai choisi est une sculpture d’un artiste inconnu qui a vécu en Europe au XVIIIe siècle. Conçue pour être présentée dans une niche, seule la moitié avant a été sculptée et peinte. L’œuvre représente Agathe de Catania, une jeune martyre qui a souffert la mort au 3e siècle apr. J.-C. pour avoir refusé les avances sexuelles du consul de Sicile. Il s’agit d’un bois polychrome dont la couche picturale est fort endommagée et dont la structure montre plusieurs altérations : nœuds apparents, nombreuses fissures, cassures du bois. La jeune femme tient dans sa main droite un petit plateau sur pied sur lequel sont déposées deux boules identiques couronnées chacune d’un court pédoncule — on dirait deux gros « whippets », mais de couleur chair. Les boules occupent vraiment toute la surface du plateau, au point presque d’en déborder.


La jeune femme a un visage ovale, plutôt joufflu avec de grands yeux bleus en amande, surmontés de sourcils assez fournis (à la Maripier Morin), un nez droit, épaté, une petite bouche et un menu menton saillant. Sa tête est posée sur un cou nu et gracieux et ses cheveux sont coiffés. On les imagine relevés en chignon sur la nuque. Ses mains, cependant, sont loin d’être féminines. Elles sont massives et robustes avec de gros doigts presque cylindriques. Le bras gauche pend le long du corps et sa main fait encore le geste de tenir entre le pouce et l’index la palme des martyrs, bien que celle-ci soit absente. Son corps est légèrement déhanché et son poids porte sur sa jambe droite. La jambe gauche est légèrement fléchie et le pied, quelque peu en retrait par rapport à l’autre, pointe vers la gauche.


Faisant partie de la noblesse, la jeune femme est vêtue comme l’exige son rang social. Elle porte une longue tunique bourgogne, à laquelle se superpose une seconde tunique, plus courte, vert printemps. Pour compléter le costume, une palla bleue, doublée à l’intérieur d’un tissu rouge est savamment drapée autour de son corps. Un liseré doré orne les rebords de la palla ainsi que l’ourlet de la courte tunique. Seul le bout de ses chaussures noires paraît sous la tunique longue.


Si la jeune femme montre un visage impassible, ses vêtements, par contre, sont beaucoup plus expressifs et dynamisent l’œuvre. La palla qui, à partir de la nuque, serpente sensuellement autour du cou et du corps, les plis dans les vêtements, les taches rouges que fait apparaître la doublure, mais aussi le positionnement des bras et du plateau, créent une zone de convergence qui attire notre attention sur la poitrine sans relief de la vierge. Et c’est là le point crucial de l’œuvre : sainte Agathe a eu les seins arrachés avec des tenailles et ce sont ceux-ci qu’elle exhibe avec ostentation sur le plateau qu’elle tient de la main droite. La palme des martyrs et ses seins présentés sur un plateau sont ses attributs et ils l’identifient auprès des gens qui viennent l’implorer ou lui rendre hommage.


J’ai choisi cette œuvre, car elle me rappelle l’époque où j’étais guide au Musée. Cette sculpture suscitait beaucoup de réactions et de questions de la part des visiteurs intrigués par le contenu du plateau et ce que représentait ce personnage.


Gérard Brisson



Réponse artistique de Chloé Desjardins (Sainte Agathe (1975.350))


CHLOÉ DESJARDINS

Gatineau, Québec, 1984

Sainte Agathe (1975.350)

2020


Armoire métallique, plâtre 146 x 49 x 70 cm

Collection de l’artiste


La sculpture à laquelle cette œuvre répond a été malmenée par le passage du temps. Sa couche picturale est abîmée et elle semble incomplète. La position de sa main gauche suggère qu’elle tenait à l’origine la palme des martyrs normalement associés à sainte Agathe. L’endos de l’œuvre n’a pas été sculpté, laissant croire qu’elle a été conçue pour n’être contemplée que frontalement. À l’origine, elle devait probablement être présentée dans une niche d’église. Humblement, Chloé Desjardins tente de lui redonner un contexte à sa hauteur.

Photos ci-haut et ci-contre : Paul Litherland


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Cet article contient des extraits du texte de salle et des cartels de l’exposition Rencontres, de Chloé Desjardins, rédigés par Anne-Marie St-Jean Aubre, conservatrice de l’art contemporain.


L’exposition de Chloé Desjardins est présentée du 19 juin au 6 septembre 2021.


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POUR PARTICIPER À MUSÉE EN QUARANTAINE


Vous avez jusqu'au samedi 31 juillet à midi pour nous envoyer vos créations artistiques inspirées du thème du mois. L’exposition sera en ligne le jeudi 5 août 2021.

Cliquez ici pour savoir comment participer.



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