THÈME 35

HORS-CADRE

(du 7 au 30 avril 2022)

La perspective est centrale en histoire de l’art. L’historien de l’art Daniel Arasse nous rappelle qu’elle a été inventée à Florence au 15e siècle (France culture, 2019).

 

Mais pensons-y bien, la perspective dirige notre regard dans l’œuvre, nous dicte quoi voir, comment regarder… Et si nous tentions de voir au-delà de ce qui est suggéré, et même au-delà du cadre? Pour l’une des expositions phares du MAJ cette saison, Dessiller : s’ouvrir au hors-champ, la conservatrice de l’art contemporain au MAJ, Anne-Marie St-Jean Aubre, a invité sept artistes à présenter des œuvres qui offrent un point de vue intéressant sur ce que l’on voit moins ou difficilement, dans une œuvre et dans la société.

Pour Marie-Claire Blais, la peinture éclate le cadre, elle évoque donc le concept du hors-cadre de manière matérielle. Pour Lorna Bauer, les œuvres composées de verre soufflé et enserrées par des « cages de métal » peuvent faire penser à ce qui est contraint à l’intérieur d’un cadre ou d’un moule. Les œuvres de Nadège Grebmeier Forget soulignent à quel point les codes du féminin peuvent être en tension avec la représentation que l’on se fait ou que l’on devrait se faire de la beauté. L’œuvre murale de l’Américaine Alicia Henry abat les masques et donne à voir les fils et les coutures de ce que l’on choisit trop souvent de ne pas regarder. Pour Eve Tagny, la rose devient le symbole de la beauté uniforme et contrôlée et de la construction colonialiste d’un idéal et dont on ne connaît pas bien les rouages et les revers. Michaëlle Sergile propose également une œuvre engagée dans cette exposition avec comme point de départ un poème de Maya Angelou et l’idée du sourire comme stratégie de survivance plutôt que comme une démonstration de joie. Enfin, l’œuvre magistrale de Tau Lewis défie les codes de représentation de genre et de beauté et constitue un tremplin pour construire un monde nouveau qui fait fi des cadres habituels.

Avec cet appel à créations du mois d’avril, nous vous proposions de réfléchir au cadre à l’intérieur duquel vous acceptez de voir certains éléments de la vie et de la société.

Et à justement tenter de sortir de ce cadre.

Qu’est-ce qu’un cadre ? Quels sont les cadres que vous vous imposez ? Est-ce que ces cadres vous aident ou vous freinent ? Quels sont vos biais, vos préjugés? Que pourriez-vous construire comme passerelle pour déconstruire le cadre ou repousser ces frontières? Quel dialogue l’art vous permet-il de créer avec l’inatteignable et avec toutes les couches de votre identité? Comment l’art vous aide à sortir du cadre? Comment représenter ce cadre métaphorique de façon matérielle?